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Dans un frisson
Les interprètes, à l’instar des délégués, sont des gens relativement impassibles. Nous faisons appel à nos connaissances, à notre expérience et à nos capacités d’empathie pour transmettre le message de l’orateur, tant dans la lettre que dans l’esprit. Nous utilisons le ton, la voix et le style pour lui rester fidèle, mais évitons avec soin les effets de manche déplacés. Un simple “bonjour” doit rester exactement cela et ne pas se transformer en tragédie cornélienne ou en Appel du 18 juin….
Cependant, certaines choses se produisent parfois qui renversent ce bel équilibre émotionnel.
Il se peut que nous nous laissions prendre par un discours de départ en retraite et que nous nous retrouvions saisis par l’émotion d’un instant lorsqu’une personne vivement appréciée de ses collègues prend définitivement congé d’eux.
De même, nous sommes tous touchés, en tant qu’êtres humains, par les gens courageux qui se battent contre vents et marées pour faire ce qu’ils considèrent comme leur devoir, et nous n’arrivons pas à faire complètement abstraction de cette corde qu’ils ont fait vibrer en nous lorsque nous transmettons leur pensée.
J’en veux pour preuve deux exemples.
Il m’est arrivé une fois de travailler en Afrique du sud pour Amnesty International, un événement hautement significatif pour tous les participants, du fait de la position d’Amnesty contre l’apartheid. Lors de la cérémonie d’ouverture, un chœur local entama l’hymne national “ Nkosi sikelel' iAfrika”. Je sens encore un frisson m’en parcourir l’échine.
Lors d’une autre réunion de militants des droits de l’homme, un délégué de la République démocratique du Congo devait nous parler de la vie dans les camps de réfugiés de Goma, mais un volcan avait fait éruption la veille, provoquant d’énormes dégâts et l’exode massif des réfugiés se trouvant dans les camps. Ce délégué avait alors ressenti et vu des choses indescriptibles ou inhumaines, et ce volcan l’avait privé, de fait, de l’usage de la parole. Il nous annonça qu’il se contenterait de chanter une complainte. C’est ce qu’il fit. Sa voix faible, brisée, s’enfla peu à peu, alors que nous écoutions avec une attention tendue cette espèce de chant funèbre qui nous parut beaucoup plus éloquent qu’un rapport écrit aurait jamais pu l’être.
Phil SMITH
Membre Calliope,
Grande-Bretagne

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