Lire ou dire, il faut choisir
Calliope recommande la lecture de l’article de Jorge Wagensberg publié par El País en août 2004. Nous partageons pleinement son avis et le remercions de l’avoir exprimé avec autant de concision et d’humour .
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JORGE WAGENSBERG
© El País
(Traduction)
A la tribune se trouvent sept conférenciers et un modérateur. Chacun dispose de 20 minutes pour son intervention. La séance commence. Cinq d’entre eux dégainent et sortent une liasse de papiers, et, tête baissée, lisent sans pitié. Les deux autres regardent leur auditoire et parlent.
On raconte, même si ce n’est peut-être pas tout à fait vrai, qu’un vieux professeur universitaire débarquait en classe avec un magnétophone vétuste, le mettait en marche et revenait 50 minutes plus tard pour le récupérer. Ses meilleurs cours étaient enregistrés, alors pourquoi renoncer à la perfection? Mais un jour, le vieux professeur oublia son parapluie et revint dans la salle au bout de 20 minutes à peine. Il ouvrit la porte et resta figé, la main sur la poignée et la bouche grande ouverte. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que sa voix résonnait dans la salle vide. Mais ce n’était pas tout. Une centaine de magnétophones de poche tournaient en silence, chacun sur une chaise, enregistrant le cours du jour avec application.
Le cerveau qui a écrit le texte dont on vous inflige la lecture et le cerveau qui a enregistré la bande que l’on vous fait entendre ont tous deux quelque chose en commun: ils sont absents. De fait, le vieux professeur aurait pu, lui aussi, décider de rester dans la salle et bouger les lèvres comme s’il était en plein discours. Un conférencier qui lit a tendance à déconnecter son cerveau. Pourquoi son auditoire ne ferait-il pas de même? Un conférencier qui parle est un cerveau pensant, toujours prêt au dialogue. Pourquoi, à vrai dire, venir entendre une conférence qui va être lue ? Cela fait longtemps que j’ai appris à lire tout seul comme un grand. Ne pourrait-on m’envoyer le texte à la maison? Pourquoi me déplacer pour une conversation m’amenant simplement à constater le fossé me séparant de mon prochain ? Ce prochain-là ne pourrait-il avoir l’amabilité de m’envoyer son fossé par la poste? Conférencier qui ose parler, ton imperfection est le summum de la perfection.

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